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Cholet 1906 – Le défilé des Zouaves

École et revanche

« Le défilé des Zouaves » À lire ce titre, il est permis d’imaginer de plaisants carnavaleux (« Tu fais le zouave ! »). C’est vrai, mais pas seulement…
Dans son ouvrage « L’École d’Antan », Daniel Durandet explique* :

La perte de l’Alsace et de la Lorraine en 1870 entraîne dans la population un profond sentiment de haine à l’encontre des Prussiens avec une terrible soif de revanche.

Pour se préparer à l’inévitable conflit qui seul pourra rendre son honneur à la France, l’administration codifie des pratiques déjà développées dans de nombreuses communes en instituant les « Bataillons scolaires » par le décret du 6 juillet 1882. 

Des armes à l’école ou l’école des armes

Ces bataillons scolaires sont organisés de façon militaire. Incorporés dès douze ans dans des unités formées dans les établissements scolaires, les enfants en uniforme doivent apprendre le maniement de fusils  factices en bois, adaptés à leur taille, et la pratique des défilés. Les jours de fête, ils participent à des parades publiques. Leur instruction est précisée et détaillée dans le manuel de « Tir scolaire » (d’utilité publique 26 février1897).

Pour justifier cet effort de l’école, Ernest Lavisse produit tout un manuel scolaire sous le titre : « Tu seras soldat »*


Les Zouaves

En ce dimanche 25 mars 1906, jour de mi-Carême, nos petits soldats défilent donc, au pas cadencé, précédant leurs aînés (militaires) qui les instruisent. Pour l’occasion, ils ont revêtu la tenue des Zouaves. Les Zouaves ont constitué, du règne du roi Louis-Philippe jusqu’en 1962, des bataillons d’infanterie légère, opérant plus particulièrement en Afrique depuis la fin du XIXe siècle, reconnaissables par le port d’une culotte spéciale : la chéchia. (La bataille de Solferino les avait rendus célèbres en 1859).


De la mi-Carême à la colonisation

Même en ce jour de mi-Carême, par cette démonstration à peine grimée, Les autorités d’alors veulent montrer que la France est fière de son entreprise de colonisation. « C’est notre domination qui, seule, peut assurer la paix, la sécurité et la richesse à tant de malheureux qui jamais, auparavant, ne connurent ces bienfaits!… une œuvre civilisatrice. »** Il est facile de mesurer le fossé et l’incompréhension qui séparent cette déclaration hautaine de ce que fut la réalité de la colonisation et dont les conséquences majoritairement dommageables persistent aujourd’hui.

Désillusion

Parmi ces enfants et jeunes gens présents sur la photo, combien d’entre eux reviendront vivants de la Guerre 14-18, cependant aigris et remplis de désillusion à l’encontre de cette instruction stupide inculquée dans leur enfance par la République ?

Les fusils en bois seront un à un relégués aux rateliers de quelque remise d’école. Oubliés, certains d’entre eux y resteront moisir jusqu’aux agrandissements des écoles dans les années 50/60.

Sur la photo, le bataillon défile devant le char «Le Père Manent».

* L’école d’Antan – Daniel Durandet Éditions MASSIN

** Joseph Chamberlain, ministre des Colonies, 1895


Du carnaval et des armes

S’il n’est plus imaginable de voir aujourd’hui un tel bataillon dans le cortège du carnaval, pour autant, les armes n’en sont pas complètement absentes, puisque depuis 2016, pour assurer sa sécurité, le carnaval est encadré par des soldats en armes.

Sur ce sujet ou sur d’autres articles, vos commentaires seront les bienvenus.

Auteur: La rédaction

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