Le public du carnaval de Cholet des années 50 et 60.
La grande foule
Ah! les anciennes mi-Carêmes… Au moins depuis les années qui ont suivi la seconde Guerre mondiale, les Choletais se souviennent de la foule se pressant sur les trottoirs, sur les murets, par les fenêtres, même quand il pleuvait. Les balcons aussi étaient envahis, mais solides sur leurs consoles, ils ne cédaient pas en ce temps-là. La mi-Carême était attendue avec impatience par toute la ville et bien au-delà. C’était « l’bon temps », mais la nostalgie fait oublier que les loisirs et les longues sorties n’abondaient pas.
Photos :
- 29e Mi-Carême 31 mars 1946. Spectateurs.
- 37e Mi-Carême 28 mars 1954. « Au royaume de l’illusion ».
- 37e Mi-Carême 28 mars 1954. Spectateurs. (2 photos).
- 38e Mi-Carême 20 mars 1955. « Si nous inversions les rôles », « Blanche-Neige ».
- 39e Mi-Carême 11 mars 1956. « Vive la construction ».
- 45e Mi-Carême 1er avril 1962. « Gardien de l’Empire ».








Des années 60 aux années 90
Changements d’habitudes
Le temps a passé. Vers 1965, l’automobile, devenue toute puissante, donne des envies d’évasion aux citadins vers la campagne ou la mer par les dimanches ensoleillés. Puis furent inventés les week-ends, surtout après 1968, car deux jours, c’était encore mieux qu’un seul.
Dans les salons chaleureux, la télévision s’est installée pour offrir des informations, des sensations fortes, des spectacles et du sport en images à domicile, à regarder sur le petit écran gris-bleuté sans avoir besoin de faire un pas. Alors, les grandes fêtes extérieures ont (un peu) perdu de leur attrait d’antan malgré l’inventivité des carnavaliers.
Photo : 54e Mi-Carême 18 avril 1971. « Folklore ukrainien ».

Entrées payantes
Entre temps, le stationnement des voitures était devenu de plus en plus compliqué. Et pour couronner le tout, la fête elle-même était devenue payante. À partir des années 70, Il fallut débourser un droit d’entrée – un péage, à moins d’être déjà présent sur le terrain depuis de longues heures ou d’être habile resquilleur, assez souple pour franchir rapidement les barrières.
C’est que, pour ses organisateurs, le coût d’une telle fête avait pris de l’ampleur et il fallait toujours davantage de subsides pour couvrir tous les frais, problème qui ne semblait pas se poser avec la même acuité jusqu’au début des années 60.
Comme dans toutes les villes de carnavals ou de corso fleuris, commerçants et artisans étaient auparavant impliqués dans la fête. Ils étaient les piliers du comité des fêtes et participaient financièrement à la préparation de la fête. Mais, depuis lors, les changements intervenus dans l’organisation du commerce contemporain ont progressivement fait cesser ce mode de financement.
Par ailleurs, si les carnavaliers pouvaient autrefois se procurer du matériel sans trop dépenser, au fil du temps, il a fallu investir dans des matières premières de plus en plus coûteuses, un budget très lourd en ce qui concerne le polystyrène, les métaux, les colles et les peintures. S’y ajouteront les soucis de sécurité : véhicules, assurances…
Témoignages
1980 – « Il faut le dire, la Mi-Carême coûtait moins cher qu’aujourd’hui. Avant la Seconde Guerre Mondiale, on n’achetait presque rien. On utilisait des matériaux de récupération : beaucoup de rebuts des entreprises nous étaient donnés, bois et grillage pour les armatures, notamment. Le plus coûteux était peut-être le plâtre qu’on employait en abondance. »*
Ouest-France 5 avril 1985 : « Appel aux consciences des Choletais et de tous les spectateurs : s’ils ne peuvent pas payer l’accès à un après-midi entier de spectacle ou à une soirée de trois heures pour un prix inférieur à celui d’une place de cinéma, la Mi-Carême ne pourra survivre longtemps. »*
1986 : Il en coûtera cette année 11 Francs pour entrer sur le circuit de la Mi-Carême de 12 à 16 ans et 22 Francs au-dessus de 16 ans. Les spectateurs, promet-on, en auront pour leur argent.*
1987 – Subvention : Pour la première fois, la municipalité de Cholet a accordé une subvention qui permet d’équilibrer les comptes et surtout d’assurer la pérennité de la Mi-Carême. Cette subvention représente environ 1/6 du coût total de la fête.*
1990 – Il en coûtera 10 francs de 12 à 16 ans pour être sur le circuit et 20 au-delà, « en dessous des autres manifestations régionales » précise Mr Point, président du Comité.*
1993 « La ville de Cholet nous apporte une aide financière pour la dotation du concours de chars, groupes et musiques. Mais elle est loin de couvrir les frais de la fête. Ce sont les entrées qui financent les prestations. Nous n’avons pas de sponsors. La participation demandée par voiture de la caravane publicitaire est de 500 Francs. On est donc loin du million nécessaire pour l’organisation du carnaval. » précise Jean-Michel Jeanneteau. En 1993 – Dix mille entrées payantes en 1993.*
1994 – Cependant le tarif adulte (+ de 14 ans) passe à 30 Francs. Le carnaval va-t-il rester une fête populaire ? Pour ce prix, le parcours du carnaval est une nouvelle fois modifié : rue du Paradis, place Saint-Pierre, boulevard de la Victoire, avenue Maudet, rue Travot et rue Saint-Bonaventure pour finir devant l’Hôtel de Ville après avoir exécuté un demi-tour final. Et cette rue Saint-Bonaventure sera d’ailleurs toute une aventure, à la fois pour les spectateurs privés de trottoirs et les carnavaliers privés de spectateurs. Au passage, on aura toujours pu y déguster une pizza…*
Des trottoirs désertés en 1994
Ce prix d’entrée était un paradoxe puisqu’il devenait de moins en moins à la portée du plus grand nombre des spectateurs potentiels, en particulier des familles. Le dimanche 17 avril 1994, l’ambiance boulevard de la Victoire est plutôt fade. Les spectateurs sont clairsemés sur les trottoirs. Dommage pour les carnavaliers. Alors, comment faire en sorte de rester motivé pour le carnaval si le public le déserte ?
Au passage, sur la gauche de la photo, apparaissent discrètement les jeunes arbres qui, aujourd’hui, ont pris de la hauteur.
Photo : 77e Carnaval 17 avril 1994. « Spoutnickosaure ». Archives carnavaliers.

1995
Retour à la gratuité
Oyez bonnes gens! Qu’on se le dise: cette année, le spectacle sera gratuit le dimanche… Et pour combler spectateurs et carnavaliers, il fera chaud sous un grand soleil printanier ce 30 avril 1995. L’occasion pour beaucoup d’Angevins, Vendéens, Nantais, Deux-Sèvriens, Charentais, de découvrir ou re-découvrir la grande fête choletaise du printemps.
Le débat fut ardu, mais le maire, Maurice Ligot, grand amateur du carnaval, suivi par son conseil, y tenait par dessus tout. Solutions : une subvention municipale de 250 mille Francs à laquelle s’ajoutent des économies promises par les carnavaliers.* Lesquelles ? Nous le saurons jamais. Et le public enthousiaste fut de la partie et en nombre. Mais la gratuité ne suffit pas. Les carnavaliers vont donc s’ingénier à innover afin de toujours réinventer le carnaval, entre autres, en animant de plus en plus leurs chars, en créant eux-mêmes des jeux de lumières inédits.
Photos :
- 78e Carnaval 30 avril au 6 mai 1995 – Les chars et le nombreux public sous le soleil du 30 avril 1995.
Maurice Ligot 1927 2022, maire de Cholet 1965 1995





















1996
Du jour à la nuit
Il faudra attendre la 79e édition pour que le carnaval nocturne soit à son tour ouvert à tous, gratuitement, le 20 avril 1996. Et pour cette fois, suite aux élections municipales des 11 et 18 juin 1996, c’est le nouveau conseil municipal conduit par son maire, Gilles Bourdouleix, qui a délibéré en ce sens.
Photos Archives carnavaliers et Archives CE – quelques chars le 20 avril 1996.















Aujourd’hui
Public, réalité et virtuel
Depuis les années 90, la télévision est sortie des salons. Les écrans feutrés ont fini par lasser. Maintenant ils sont dehors, partout, dans la poche et souvent dans les mains, parfois en grand format sur la place du 8 mai. Tout le monde peut donc faire sa propre vidéo et multiplier ses photos et les envoyer au bout du monde sur les réseaux sociaux à la seconde près, mais souvent éphémères et vite oubliées. Finalement, il est plus facile de retrouver des photos des années 60 que des photos récentes, pourtant prises par milliers mais plus rarement archivées, encore moins faisant l’objet d’un tirage sur papier.
Dans le même temps, en Allemagne, en Italie, en Espagne et donc en France aussi, les carnavals sont de nouveau à la mode, mais tous n’ont pas la chance d’être gratuits !
Si la voiture n’a plus la cote qu’elle a connue, alors, comment ne pas revenir en nombre vers une fête dont le carnaval nocturne, entre autres, fait pâlir d’envie les professionnels des parcs d’attractions les plus huppés… Cholet, le premier carnaval de nuit en France et peut-être en Europe…
Photos (Romuald / CP) :
- 100e carnaval 8 avril 2017 Spectateurs le long du boulevard de la Victoire. (CP) 2 photos.
- 101e Carnaval 21 avril 2018. Le dernier char est passé. la foule descend vers la place du 8 mai. (CP) 2 photos.
- 101e Carnaval 21 avril 2018. Embrasement de « Pause vénitienne » Le vrai et le virtuel. (CP)





* Extraits de « La Grande Aventure des Carnavaliers de Cholet »
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